Retour 3 sur le G21 - Swisstainability Forum - 29 et 30 juin 2017

10 étudiants d'Unipoly ont participé avec grand intérêt au G21 - Swisstainability Forum 2017.

Vous retrouverez ci-dessous ce qu'ils ont vu, entendu, vécu durant ces deux jours.

Unipoly remercie chaleureusement NiceFuture nous ayant permis de participer au Forum.

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Le Swisstainability Forum a, une fois de plus, réuni les principaux acteurs de Suisse Romande du 29-30 juin autour du défi d'aller pour impacter, et de vivre ensemble la transition.

Cela s'est traduit par l'intervention de représentants de la finance, de la politique, de l'industrie, de la science, de la philosophie, de l'administration fédérale, de la culture et de l'agriculture qui sont tous venus pour nous faire part de l'urgence de l'action ainsi que des manières d'agir durablement pour encourager la transition.

Cette plateforme organisée par l'association NiceFuture nous a permis d'écouter, de débattre, et de discuter avec des personnes du terrain sur toutes les dimensions de la durabilité. Des ateliers sur des sujets très pertinents tels que la défense des droits du vivants, la création d'écoquartiers, ou l'économie circulaire ont pu être abordé permettant de créer des relations entre les différents intéressés et de trouver des solutions ensemble face aux problèmes futurs.

Cet événement est à conseiller largement pour toute entreprise qui réfléchirait sur les manières d'agir à son échelle pour l'écologie et la durabilité.

Ivanoé Koog

Le G21 est une rencontre unique en son genre. Elle permet de regrouper dans un même lieu un panel exceptionnel d’acteurs de la transition, allant du politique au chef d’entreprise, en passant par le professeur et l’artiste. C’est un événement qui provoque une ouverture d’esprit sur les actions qui se passent aujourd’hui, et sur celles qui peuvent avoir lieu demain.

La conférence s’est ouverte avec un mot de la part de la conseillère d'Etat, cheffe du Département du territoire et de l’environnement, qui est enthousiasmée par cette conférence et les énergies qui s’en dégagent. Elle rappelle que l'argent occupe une place centrale dans les sujets environnementaux, sujet qui reviendra à de multiples occasions par la suite. Elle essaye de débloquer des moyens afin de préserver la qualité de notre environnement, ce qui est rendu moins compliqué que dans le passé car les politiques reconnaissent désormais l’importance des sujets de transition de notre société, mais elles ne font que répondre à la manifestation de volonté de la population.

Tout au long de la conférence des initiatives structurantes et innovantes, tel que l’approche du Global Compact, la certification B corporation, Go for Impact, et la plateforme VitaVerDura, ont été présentées. Celles ci ont toutes en commun la volonté d’améliorer la qualité de notre société en proposant des solutions et des pistes de réflexion aux défis modernes.

Plusieures réflexions à propos de ces défis ont d’ailleurs animé les conversations. Par exemple, pourquoi avons nous autant de mal à agir sur des problèmes environnementaux que nous savons comme de la plus haute importance. L’être humain est construit pour changer sous la contrainte, il a beaucoup plus de mal à changer en prévision à une contrainte. Or des problèmes comme le changement climatique ne présente pas de conséquence immédiate aux personnes qui le causent, il est donc difficile pour eux de percevoir l’avantage de changer leurs habitudes.

L’écologie industrielle est un concept faisant partie de l’économie industrielle. Les entreprises actives dans le recyclage sont naturellement un maillon de l’économie circulaire, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne doivent pas entreprendre et innover dans le sens de l’écologie industrielle.

Un atelier a été mené autour de la décarbonisation des fonds. La caisse de pension Publica a fait la décision d'enlever tous les fonds ayant une activité dans le charbon. Décarboner les fonds est un processus difficile et lent car il y a beaucoup d'oppositions. Un des arguments de l’opposition, c’est de dire que déinvestir supprime le pouvoir d’influence dans les conseils d’administration des entreprises carbonées. Un autre argument était que les investissements carbonés avaient des bon rendements pour les capitaux, ce qui n’a pas été le cas ces dernières années. Cependant, force est de constater, que l’industrie pétrolière continue à pouvoir tourner grâce aux investissements massifs qui lui sont accordés. Un aspect du problème réside dans le fait que les grands établissements d’investissement achètent des fonds globaux sur les marchés, dans lesquels se trouvent des entreprises carbonées. Ils doivent donc explicitement annoncer qu’il ne veulent pas investir dans ce genre de fonds.

Des exemples inspirant ont été présentés tel que Valérie Pache qui est une designer de vêtements qui réutilisent des toiles de parapente usagée, et les transforme en robes de haute couture. Chaque robe prend une grande quantité d’heures à réaliser. Les robes sont constituées de matériel ayant volé pendant plusieurs milliers d’heures. Raphaël Bianco qui est issu d’une famille d’agriculteur, a fait le choix d’avoir le courage de redéfinir la relation entre l’agriculteur et la société qui l’entoure. Son verger traite en direct avec les points de ventes et les entreprises locales, tel que Opaline, afin que chacun trouve son compte de manière équitable. Ses fruits sont de grande qualité et restent dans un circuit court de distribution. Kerterre pratique la philosophie du content-d’être-pas-d’accord. La philosophie est que si chacun est un petit plus ou un petit moins, la différence est énorme. Pratiquons tous le positif, même et surtout à petite échelle.

Lors de la clôture de la journée Marc Chardonnens, le directeur de l’OFEV, nous fait part que certaines images de la Suisse sont en désaccord avec la réalité. Par exemple la majorité des suisses interrogés pensent que la biodiversité dans le pays se porte bien, alors que la réalité est tout autre avec une baisse majeure de celle-ci ces dernières années. La manière dont le système fonctionne en Suisse est le suivant: le peuple élit les politiques, puis les politiques encadrent l’OFEV, qui est chargé de mettre en place les directives environnementales. Pour que l’OFEV puisse faire plus, il faut donc que la population manifeste une volonté, qui quant à elle motive les politiques à faire avancer l’agenda environnemental. Cyril Dion quand à lui a donné un discours porteur d’espoir et motivant concernant les défis qui nous attendent. L’important selon lui c’est d’abord de faire une activité que l’on aime profondément, car la tâche à accomplir pour inscrire la durabilité dans le développement de notre société est colossale, il n’y a donc pas d’autre choix que d’aimer ce que l’on fait pour s’inscrire dans la durée de ce travail. Trouvons comment nous pouvons contribuer le mieux possible à notre société, et agissons!

Théo Milliez

 

Les 29 et 30 juin derniers se déroulait au Swiss Tech Convention Center la septième et dernière édition du G21, le Swisstainability Forum. L’association organisatrice, Nice Future, voulait en faire un lieu de rencontre entre experts en durabilité et acteurs clés du futur de la Suisse. Le programme était dense et comprenait de nombreux discours et débats, donnés par des acteurs tel que Cyril Dion, réalisateur du film Demain, ou bien Christian Arnsperger, professeur à l’Unil, ainsi que des représentants des différentes entreprises parrainant l’évènement.

Ce dernier point fut dommageable : différentes entreprises ayant offert au forum un soutien financier ont pu profiter de sa scène pour présenter leurs politiques en matière de durabilité. Leur présence a amenée un réel plus aux évènements, d’autant plus qu’ils n’ont pas versé dans le greenwashing. Il reste toutefois que ces entreprises en ressortent avec une image plus positive que leurs concurrents, ce qui ne devrait pas arriver. En parallèle, l’entrée au forum était coûteuse, et s’élevait à 250 francs par jour. Il est évident que Nice Future aurait préféré éviter ces écueils ; les organisateurs n’ont pas fait mystère de leur difficulté à trouver des financements publics, ce qui les a d’ailleurs conduit à remettre en question l’engagement réel des institutions suisses en faveur de la transition écologique. Il faut toutefois souligner le faste de l'événement, notamment le nombre élevé d’intervenants et le choix du Swiss Tech alors que l’auditoire n’a jamais été plus qu’à moitié plein. C’est là l’autre principale limite du forum : sa faible portée. Il ne s’adressait, au fond qu’à un public convaincu de la nécessité de lutter pour la durabilité, et déjà plutôt bien formé sur les façons de le faire.

Les différentes personnes présentes amenaient toutes quelque chose d’unique. On a pu s’interroger sur la stratégie énergétique 2050, sur la permaculture, sur l’éducation, sur les jus de fruits, le café et même la haute couture. Parmi toutes les interventions, un grand message se dessine ; il faut tendre vers une société plus sereine et humaine. Pour l’essayiste Patrick Viveret, qui fut très applaudi, notre société de consommation-consolation, parmi tous les vices qu’on lui connaît, engendre notamment une alternance entre euphorie et dépression, à laquelle il faut opposer une dualité entre sérénité et intensité de vie. Ce message se décline à l’infini ; pour René Longet, des Services Industriels de Genève, il faut cesser de voir l’accumulation personnelle comme idéal de société, alors que d’après Evelyne Adam, fondatrice de Kerterre, il faut autoriser la créativité personnelle et l’accomplissement de soi, pour ne citer qu’eux.

Cette grande orientation étant globalement partagée, il restait à définir comment y arriver. Les aspects techniques étaient autrement plus complexes à circoncire. A la question “Comment décarboniser la Finance ?”, la seule piste semble être de décarboniser le monde: rendre les consommateurs sensibles à la question, diminuer la consommation d’énergie fossile et rendre les projets renouvelables rentables. Toutefois, et c’est assez symptomatique du forum, aucune réflexion systémique n’existe ; et si il fallait transformer la finance ? A la question “Comment être dans l’indépendance énergétique”, les trois intervenants répondent unanimement : le solaire, les voitures électriques, l’efficacité énergétique et l’éolien (dans cet ordre) nous permettront sans problème de passer à une Suisse 100% renouvelable, au lieu des 12% actuels, et il est impensable qu’il faille diminuer notre consommation.

Cette absence de réflexion globale fut finalement le plus gros défaut du forum. De nombreuses visions contradictoires se suivaient, sans personne pour relever les oppositions ou en faire la synthèse. La vision individualiste de la société où chacun a son “spot de vie” propre était présentée de la même manière que celle où l’on lutte pour un idéal commun du buen vivir, alors que ces deux ne peuvent coexister. Au sein de cette multitude de projets encourageants, les messages se brouillent. Il ne reste plus que l’illusion que les projets et les façons de lutter sont multiples et que la situation s’améliore. Le discours d’ouverture de Jacqueline de Quattro, directrice du Département du Territoire et de l’Environnement du canton de Vaud, annonçait déjà cet écueil. Son ton était chaleureux et ses mots étaient séduisants : cette personne de droite avait conscience des défauts de son camp et s’engageait pour la durabilité ! Il fallait attendre la fin de son discours pour réaliser qu’en comme d’engagement, elle n’avait mentionné qu’un déblocage de fonds pour des stations d’épuration, ce qui est louable mais très loin d’être suffisant. A côté de cela, elle mentionnait que puisque les gravières aménageaient des nichoirs à hirondelles, elles n’étaient pas si mauvaises pour la biodiversité. Le point le plus intéressant qu’elle soulevait était l’incohérence des Suisses, qui veulent des hôpitaux, mais pas les carrières pour les construire. De même, ils disent non à beaucoup de sources d’énergie, et oui à peu. Elle conclut que les pesées d’intérêts étaient extrêmement importantes et a répété plusieurs fois qu’elle ne faisait que ça, sans préciser comment elle les pondérait ou à quoi elles aboutissaient. Cette contradiction n’a absolument pas été abordée dans le reste du forum, alors qu’on sait qu’il faudra faire des sacrifices et donc trancher ces fameuses pesées d’intérêt.  

La raison pour laquelle ces points cruciaux n’ont pas été abordés semble être le manque de consensus, sous le signe duquel tout le forum était placé. Consensus des intervenants à chaque “débat” qui se transformait de fait en exposé à plusieurs voix, consensus des intervenants qui se succédaient à la tribune pour se féliciter mutuellement, et enfin consensus dans l’assemblée puisque tout le public semblait acquis à la cause de la durabilité.

En conclusion, le forum G21 fut un événement extrêmement intéressant et riche. A titre individuel, il fut instructif, formateur et provocateur de réflexion. A titre collectif, la volonté de rester consensuel, les incohérences entre les différentes conceptions sur la durabilité présentes et la positivité quasi-omniprésente ont empêché ce forum de déboucher sur de réelles avancées. On ressort du forum convaincu que les choses ne vont pas si mal et que des choses se font, ce qui est, on le sait, extrêmement dangereux face des dangers aussi pernicieux que le changement climatique ou la perte de biodiversité.

Romain Gitton-Rivière

« Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde » Gandhi.

Le G21 est une rencontre réjouissante. Tous ces acteurs de la transition réuni en un seul endroit nous redonnent l’espoir qu’il y a une multitude de solutions pour répondre à la crise environnementale. Le vendredi après-midi m’a spécialement touché. Tout au long, j’y ai suivi Denise Kikou Gilliand, réalisatrice, médium-guérisseuse et coach en créativité. Cette oratrice nous donne lors de sa première conférence intitulée “Cultiver son intérieur pour rayonner à l’extérieur” des outils concrets à utiliser et pratiquer au quotidien. Elle présente huit points clés; la méditation, le respiration, la connexion à la nature, la gestion des pensées, agir en son plein potentiel (équilibre physique, psychique et spirituelle), donner du sens, donner à chaque instant le meilleur de soi et cultiver l’Amour. Cette conférence est suive par un atelier de méditation avec des guérisseurs, un univers qui m’est peu connu mais qui m’interpelle. Une odeur et une énergie très spéciale se ressentent dans cette salle. Les prochains occupants de la salle nous remercie d’ailleurs pour l’énergie positive et portante qu’on y laisse. Nous terminons l’après-midi par une discussion sur l’intuition menée par cinq femmes. Ces femmes d’horizons différents nous expliquent comment et pourquoi elles utilisent l’intuition pour guider leur travail ainsi que leur vie au quotidien. Malgré leurs expériences très différentes, elles s’accordent sur le fait que nous devrions tous écouter d’avantage notre intuition pour construire ensemble un monde meilleur et durable.

Chloé Allémann

Nicolas Belleville, étudiant à l’Unil, a également participé au forum et a souhaité partager son expérience avec nous.

Le Swisstainability forum se veut être une plateforme créative, qui par la réunion de décideurs politiques, acteurs de l’économie, scientifiques, trouve des solutions pour les défis de société d’aujourd’hui et de demain. L’édition 2017 se concentre sur la transition, avant tout vue comme économique, pour faire face aux défis environnementaux de plus en plus pressants.

Toutefois le forum dans sa globalité reflète davantage l’aspect économique. Il s’agit à la fois d’une transition écologique et intérieure, et ceci du point de vue individuel jusqu’à celui de la société. A cet égard, il est intéressant d’aborder son pourquoi à travers l’observation des valeurs. Tout d’abord, les valeurs érigées en normes dans la société d’aujourd’hui et les problèmes qui vont avec. Ensuite, les valeurs qui sous-tendent la transition et solutionnent les problèmes actuels.

Comme le rappelle Christian Arnsperger, professeur en durabilité et anthropologie économique à l’université de Lausanne, notre terre est finie et les société industrielles épuisent les ressources au-delà de leur capacité de régénération. En un mot, le crash est inévitable. Mais qu’est-ce qui explique une telle folie?

Patrick Viveret, philosophe et essayiste, le décrit avec éclat dans son intervention. La soif du toujours plus et l’accumulation prédatrice qui va avec, démontre un profond mal être qui s’exprime par un cercle vicieux. En effet, il y a alternance entre phases de dépression et d’excitation, la consommation servant de moyen de consolation afin de momentanément éclipser ce sentiment de malaise. La solution proposée est de changer ce couple par celui de l’intensité/sérénité. Autrement dit, ériger une société où la valeur est dans le bien vivre et non pas dans la matérialité. Cet orateur ne le dit pas expressément, mais à l’issue de cette conférence le sentiment d’une perte de connexion avec la nature comme source du mal-être s’éveille.

Et c’est bien là que les valeurs de la transition entrent en jeu. Elles relèvent davantage de l’intuition. Confiance, autonomie, don, gratitude en lieu et place de domination, prédation et peur de l’autre. Le saut est énorme, et ne se réalise que par l’expérimentation profonde de ces valeurs. C’est pourquoi cette transition est avant tout intérieure, et c’est là que les mots ne suffisent plus pour avancer.

Nicolas Belleville

juillet 23, 2017