Retour 2 sur le G21 - Swisstainability Forum - 29 et 30 juin 2017

10 étudiants d'Unipoly ont participé avec grand intérêt au G21 - Swisstainability Forum 2017.

Vous retrouverez ci-dessous ce qu'ils ont vu, entendu, vécu durant ces deux jours.

Unipoly remercie chaleureusement NiceFuture nous ayant permis de participer au Forum.

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Le G21 a permis à un nombre impressionnant d’intervenant-e-s de partager leurs réflexions, qui ont par touches successives mis en lumière différents aspects du développement durable. François Vuille (Centre de l’énergie de l’EPFL) a souligné que la transition écologique est un défi global qui nécessite une approche systémique, tant au niveau des aspects considérés, que des acteurs impliqués. Si les moyens de rendre notre société plus rationnelle et plus juste existent, plusieurs intervenant-e-s ont discuté des enjeux liés au facteur humain : Cyril Dion (réalisateur) estime qu’il faut créer un nouvel idéal dans lequel les gens aient envie de croire, et Fabien Rodhain (écrivain) renchérit, en affirmant que seules les émotions peuvent déclencher l’envie de changer. Dans des projets en lien avec le développement durable très différents, Nestlé et Losinger Marazzi ont quant à eux, mis en place des mesures de suivi pour garantir que les changements de comportement de la population persistent au fil du temps. Finalement, ces deux journées de conférences ont rappelé que les défis de notre époque sont une chance que nous devons saisir d’utiliser à son maximum notre potentiel, tant individuel que collectif.

Elisa Porfido

L’écologie industrielle, connaissez-vous bien cette notion ? Juste en surface, comme la plupart d’entre nous. L’intérêt du Swisstainability Forum a été de pousser notre réflexion et de nous exposer certaines notions comme celle-ci, apparue déjà dans les années 1990 avec Paul Hawken. L’écologie industrielle propose d’avoir une vision globale du système industriel tel que nous le connaissons et de le faire fonctionner comme un écosystème, et surtout de le rendre compatible avec les écosystèmes naturels qui nous entourent. Écosystèmes, qui, nous le savons, gèrent ces flux de matière et d’énergie de manière optimale. Plutôt séduisant comme concept puisqu’il limiterait grandement l’impact de nos industries sur l’environnement ! Alpha Dramé, directeur de l’Institut International de l’Ecologie Industrielle et Economie Verte, cite ensuite les conditions permettant à ce système d’être viable.

Pour commencer, nous devons décarboniser la finance, c’est à dire désinvestir des énergies fossiles. Pas évident à première vue, quand on sait que la plupart des caisses de pensions et banques suisses notamment la BNS détiennent des actions d’entreprises exploitant les énergies fossiles aux USA (P.S.: C’est pas moi qui l’ai inventé, c’est Philippe Thalmann, représentant de la caisse de pension Publica présent à la conférence “Comment décarboniser la finance” qui le dit). Surprenant, quand on sait que la Suisse a signé les accords de Paris, mais pas si surprenant quand on connaît le peu de régulations imposées par les accords de Paris au monde de la finance.

Nous devons ensuite mieux gérer nos déchets, les recycler, de manière à ce que les déchets des uns, soient les ressources des autres. Là encore, il y a du pain sur la planche, au niveau technique (petit clin d’oeil aux ingénieurs qui liront cet article) comme pour le recyclage de matériel électronique qui nous rendraient moins dépendant de la main d’oeuvre très peu chère d’enfants, femmes et hommes allant dans les mines au péril de leur vie et sans respect des droits de l’homme les plus fondamentaux. Le recyclage du matériel de construction, très gourmand en terme de consommation de CO2 et en eau a aussi été cité comme exemple. Le challenge est dans ce domaine aussi culturel. Par exemple, le béton issu de matériaux recyclés fait face à de multiples réticences de la part du domaine du bâtiment, car depuis toujours le béton classique a fait ses preuves et que du jour au lendemain nous n’allions pas changer ça. Il nous faut donc changer les moeurs, convaincre notre entourage, être patient, pédagogue, et faire doucement évoluer les mentalités quelque soit le domaine où nous allons travailler en tant qu'ingénieur. En effet la plupart des domaines (environnement, santé, informatique…) vont connaître de multiples mutations dans les années à venir. Excitant, non?

Nous devons également réduire l’usage dissipatif de matériaux, comme par exemple les engrais, pesticides, emballages, colorant, nettoyant, détergent, médicaments… qui pollue durablement nos eaux. C’est ici surtout un problème de gouvernance (UE si tu m’entends…) car ils existent déjà des alternatives plus écologiques.

Finalement, nous devons dématérialiser notre économie. Impossible me direz-vous ? Oui, si nous prenons le sens brut du terme, mais il s’agit plutôt ici de réduire la consommation d'énergie et de ressources naturelles dans notre système de  production et d'échange. Cela est bien possible, notamment en passant par les énergies renouvelables. Une étude récente demandée par la France et l’Allemagne a prouvé que ces deux pays avaient toutes les ressources pour passer aux 100% renouvelables. Encore plus palpitant, non ?

Cependant pour opérer tous ces changements, nous avons besoin de politiques engagées, plus fermes et contraignantes avec un système de contrôle efficace. Les entreprises ont aussi un rôle clé dans cette transition, de part la direction de leur investissement mais aussi toute la chaîne de valeur qui va de la production à la vente de leurs produits.

Mais surtout, l’acteur clé, c’est toi, c’est nous, c’est ton voisin : Devenons des consom’acteurs du changement. Si la majorité des gens n'achetait pas des oranges emballées individuellement à la Migros, il n’y en aurait plus dans nos rayons ! Si nous cessions d’acheter des avocats du Pérou dont les bénéfices ne vont pas du tout au peuple Péruvien mais plutôt à John l'américain avec son gros 4x4, il n’y en aurait plus non plus !

C’est aussi par notre vote que nous pouvons influencer la politique de demain, du moins essayer… Et si comme moi, vous pensez que ce n’est pas le moyen le plus efficace, nous pouvons localement lancer des initiatives, construire des projets par quartiers ou écoles ou encore sensibiliser nos proches. Même si nous serons pris pour des bobos écolos, un jour où l’autre, ils nous diront que nous avions raison.

Fanny Brenet

Retour sur le débat « Comment revivifier les villes, le vivre-ensemble et les écoquartiers ? »

Lors de ce débat fort de la présence d’Eric Rossiaud, président de la Codha, Evelyne Adam, fondatrice de Kerterre, et Sophie Heu Reignier, cheffe de projet Développement Immobilier chez Losinger Marazzi SA, ceux-ci nous font part de leurs expériences et points de vue sur une approche très sociale de l’habitation.

Evelyne enseigne comment créer de petites maisons faites de chaux et de chanvre, dont l’apprentissage est des plus simples, ainsi donc à la portée de chacun. Le mélange de ces deux matériaux durcit avec le temps, nous explique-t-elle, et ne nécessite pas d’être reconstruite fréquemment, comme on pourrait le penser. La nature s’y retrouve directement associée, car présente sous la forme de ce qu’elle appelle les jardins-jungle. Dans ses rapports avec ses voisins, elle nous fait part de son concept du « content d’être pas d’accord » qui permet d’être constructif dans leurs dialogues, car on ne peut s’attendre à s’entendre sur tout sujet avec tout un chacun. Lorsqu’on s’imagine alors Evelyne dans sa petite maison entourée de cette jungle abondante, il est facile d’y associer l’image d’une déconnexion totale avec le monde dit civilisé. Seulement, Evelyne brise ce stéréotype car elle possède les technologies que chacun utilise au quotidien. Comme elle le dit : « Il n’y a pas besoin de se déconnecter du monde. Il faut simplement s’ouvrir à la nature. »

Eric nous explique qu’il approuve la construction de bâtiments aux standards écologiques, mais ajoute qu’il ne faut plus construire des logements pour les habitants sans les inclure dans une dynamique de vie sociale que devrait représenter le concept d’écoquartier. Il ajoute un retour qu’il a eu sur ses idées, comme quoi « s’il y avait une demande, il y aurait une offre ». Sauf  que, selon Eric, la demande n’est pas toujours exprimée ou même exprimable. Cette dernière peut-être mue par effet de normes sociales, qui nécessitent un premier pas difficile, comme le racontait Cyril Dion plus tôt dans la matinée avec l’exemple de ses amis qui ont osés manger végétarien une fois seulement que lui-même ait assumé l’être. On apprend qu’il faut alors fédérer la volonté : on veut des écoquartiers, on veut une agriculture saine.

Sophie partage cette idée qu’un écoquartier ce n’est pas seulement des bâtiments bien gérés, labélisés Minergie Eco, mais c’est aussi une dynamique de vie entre ses habitants. On ne peut pas construire et donner les clefs. Il faut accompagner les habitants car tous n’ont pas la même sensibilité et le même niveau de comportement « éco ». C’est pourquoi un emploi a été créé en ce sens dans leur écoquartier érigé à Gland. Ceci reflète que les gens ne sont pas encore prêts à faire le pas tout seul vers ce nouveau mode de vie. Car comme Cyril Dion l’a dit quelques heures auparavant : « La transition commence par une transition intérieure ! L’aspect de sécurité personnel est le plus gros frein à cela. » Il faut sortir de sa zone de confort intellectuel et accepter la venue d’idées d’un temps nouveau.

Retour sur le débat « Défendre les droits du vivant pour mieux vivre ensemble ? »

Une heure durant, des questions d’éthique envers la nature sont mises en lumière et animent les discussions. Celles-ci sont menées par Catherine Morand, Membre de la direction de Swissaid, Adèle Thorens, Conseillère nationale vaudoise, Jean Rosset, Conservateur des forêts à la DGE et président de la Société Forestière Suisse, Leila Delarive, Directrice générale et fondatrice de BeCurious TV, ainsi que Luc Recordon, Ancien conseiller aux Etats Valérie Cabanes, Juriste en droit international et droits de l’Homme. Les dialogues se confondent et les questions naissent entre les interlocuteurs.

Est-ce que la nature devrait avoir des droits ? La première mise en perspective sur cette question est la suivante : les personnes morales possèdent des droits. Or celles-ci sont le fruit d’une abstraction arbitraire, quand la nature est un objet pluridimensionnel mais surtout d’essence tangible.

Comment amener un tel concept dans des pays occidentaux riches, secondairement touchés par les problèmes environnementaux ? On nous explique que ça commence déjà avec la reconnaissance de la notion d’écocide dans la politique (en France notamment). L’écocide est la destruction d’un écosystème par main humaine. Cependant, seulement étiqueter cette notion ne changera pas grand-chose à sa problématique. Mais c’est le premier pas obligé.

Puis vient la question d’une définition précise d’un écocide, en vue de son application dans les livres de loi : quelle ampleur, quel(s) aspect(s) ? Une proposition est émise pour que la justice s’appuie sur la science avec un cadre strictement contraignant, pour éviter que des acteurs puissent se retirer de la question environnementale comme l’a fait le président Trump dernièrement vis-à-vis de l’accord de Paris.

Et ensuite, qui serait à même de parler au nom de la nature, celle-ci ne communiquant pas avec nous dans un langage que l’on saisit, et vice-versa ? Les autochtones sont suggérés, car vivant en complétude de leur environnement. En effet, chez eux la notion de nature, contrairement à l’homme occidental, ne se distingue par obligatoirement du monde en tant que tout. La culture occidentale souvent fait usage de ce concept comme une entité séparée et opposée à l’être humain, tellement sa dynamique relationnelle avec le tout semble différente de celles des peuplades autochtones.

La thématique est trop récente pour déjà avoir des réponses concrètes. Ces questions restent donc en suspens. Il reste néanmoins certain pour Jean Rosset que les forêts suisses participent à la prospérité que nous connaissons en nous rendant certains services liés à l’érosion ou la gestion des eaux, entre autres. Ainsi, elle devrait être protégée en vue de la loi.

Descriptif de l’atelier « Dans la puissance de l’énergie d’amour »

Dans une salle avec une lumière tamisée et une musique de fond qui fait penser à des chants gutturaux bonzes, en plus doux, nous sommes invités à nous asseoir. Denise nous demande de fermer nos yeux, poser les pieds à plat au sol et de prendre de lentes et longues respirations. Elle nous décrit une scène dont on doit créer l’image par la pensée. De nos pieds se forment des racines qui grandissant font leur chemin jusque profond dans la terre pour y puiser une énergie pure, blanche et scintillante. On visualise cette aura blanche remonter les racines, lentement, jusqu’à nos pieds, pénétrant alors notre corps petit à petit pour atteindre les chevilles, les jambes, le bas ventre, nos organes, le cœur, les poumons, puis la nuque, la tête et le cerveau. Alors, flottant sur notre tête, une couronne de cette lumière se forme en fleur dont le centre voit naître une pousse croissant vers les cieux, jusqu’à un espace impalpable. Notre respiration est synchrone avec les battements d’énergie.

Tour à tour, on vient nous chercher pour rejoindre l’un des quinze guérisseurs qui, debout derrière nous, nous assied sur une chaise, et entame une gestuelle de ses mains. Elles viennent se poser sur nos épaules, puis couvrent nos oreilles, le sommet du crâne, puis se distancient à nouveau. Les yeux fermés, concentré mais calme, on sent le mouvement de ces mains sans même qu’elles nous touchent. Ce cycle se fait plusieurs fois, toujours un peu différemment, sans que l’on puisse vraiment anticiper le moment à venir. Les mains se posent un peu plus haut vers la nuque, la pression est peut-être plus légère, le mouvement plus lent. Alors les soins se terminent, le guérisseur nous l’indique et nous retrouvons notre place initiale où un verre d’eau nous est offert. La méditation continu jusqu’à ce que chacun ait reçu les soins des guérisseurs. Le silence reposant perdure, même une fois la séance terminée.

Retour sur le débat « Comment s’inspirer des peuples premiers pour se reconnecter à la nature ? »

Débat dont les invités sont Anaïs Bajeux, Réalisatrice et photographe, Gert-Peter Bruch, Président de l’ONG Planète Amazone, Lorenza Garcia, Artiste et fondatrice de l’Association Navajo France, Thomas Pizer, Président d’Aquaverde, en voici quelques aperçus.

La discussion part sur ce principe : on pense qu’on peut les aider car on leur a mis à mal, peut-être en fait qu’ils sont ceux qui peuvent nous aider. Ces peuples ont l’idée commune de la Terre Mère et vivent de ce concept à travers leurs actions quotidiennes. Trois hommes du peuple Surui sont présents, habillées de leurs magnifiques coiffes de plumes colorées.

Lorenza

Les rituels de guérison du peuple Navajo utilisent le sable comme support, car le sable est la Terre, et elle seule peut guérir. A la fin de chaque soin, ils replacent le sable où il a été pris. Ces gens furent la cible d’un génocide, comme beaucoup de peuplades autochtones, puis ont été placé dans des mines d’uranium. Ils arrêtèrent ce travail car contraire à leur rôle qu’ils s’attribuent de protecteurs de la Terre, sinon en quoi leur existence sur Terre ne ferait sens. Le mal d’un seul est celui de tous. Contrairement à notre concept d’être connecté par la technologie, eux le sont avec le tout et par leurs actions de tous les jours. Ce qui ne les empêche pas de posséder des smartphones : entre deux mondes. Dans leurs visions d’avenir, ils réfléchissent ayant en vue sept générations à venir.

Coordinateur Surui

Le monde dans lequel on vit possède une vaste diversité à l’image de sa grandeur. La Suisse est très différente de mon lieu d’origine, déjà en termes de biodiversité et d’ethnicité. De grandes montagnes, peu de forêts – je ne sais pas si elles ont été défrichées -, tout est minutieusement organisé, il y a des plaquettes dans les forêts pour indiquer les directions, les villes sont ordonnées et rangées. Nous sommes autant curieux d’apprendre sur vous que vous sur nous.

La culture de chaque peuple a la même importance. Nous voulons créer une université chez nous, sûrement différente de votre conceptualisation d’une université. Nous voudrions apporter d’autres connaissances que celles standardisées dans le monde. Nous savons nous occuper des forêts et voudrions l’enseigner à tous ceux qui veulent, sans qu’il y ait de barrière linguistiques ou d’écriture comme il y a dans les organismes internationaux ou seules quelques langues trônent. La formation devrait être reconnue par le Brésil.

Frederika

Ce qui m’a le plus choqué pendant mon voyage, c’est qu’un enfant n’est pas juste seulement celui d’un père et d’une mère, mais celui de la communauté. Ici, nous vivons souvent loin de nos grands-parents, auxquels on pense vers 20 ans car on se dit qu’ils ne seront bientôt plus là. L’esprit de communauté est puissant en ce peuple.

Lorenza

Le système éducatif occidental inculque la notion de sous-métier et tend ainsi à un élitisme destructeur. Chez les Navajos, qu’importe l’issue des études, ils savent quoi faire pour vivre.

Coordinateur Surui

J’ai vu que dans les universités autour du monde, il y a beaucoup de peuples différents. Nous voulons de par notre université, amener un élément dans l’équilibre durable mondial.

Guillaume Rueff

juillet 16, 2017